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20 dimanche ordinaire

19 Août

    20 dimanche ordinaire

    Chers frères et sœurs,

    On se demande souvent pourquoi nos prières ne sont pas exaucées. On prie pour telle personne, on y met tout son cœur et elle pourtant ne guérit pas. Aux Sanctuaires de Beauraing, beaucoup prient, mais tous ne sont pas exaucés comme ils le demandent. Pourquoi donc certaines prières sont-elles exaucées et d’autres pas ?

    À cette question que l’on se pose souvent, l’Évangile de ce dimanche apporte une réponse. Bien souvent, nos prières manquent de foi. Jésus, dans l’Évangile, semble ne pas écouter la prière de la Cananéenne. Il la rabroue même. Mais en fait, il cherche à creuser en elle une foi plus profonde. Il cherche à l’amener à puiser jusque dans les dernières réserves de sa foi. La Cananéenne fait preuve d’une très grande foi en disant que même les miettes suffisent pour un miracle. Et Jésus, ayant obtenu un tel acte de foi, l’exauce bien volontiers.

    Bien souvent, nos prières manquent de foi. Nous demandons des grâces au Seigneur, mais sans foi, ou avec une foi trop superficielle. Cette vérité, toutefois, ne doit pas nous culpabiliser à outrance. Car rien ne dit que toutes les personnes pour lesquelles nous prions seraient guéries si nous avions une plus grande foi. Certaines personnes se culpabilisent en se disant qu’elles n’ont pas réussi à sauver leur enfant, leurs proches malades en raison de leur peu de foi. Mais il ne faut pas sombrer dans ce sentiment.

    Il n’est pas dans les plans de Dieu de guérir toutes les personnes qui souffrent d’une maladie. Certains grands saints sont restés malades et ont vécu leur maladie comme un chemin de sainteté. Pourtant, ils avaient la foi et étaient entourés de personnes ayant parfois une très grande foi. Jésus lui-même a dit à son Père dans la prière : si cette coupe peut passer loin de moi … cependant non pas ma volonté mais la tienne. Il a donc dit, en fait : si tu veux faire un miracle, fais-le, mai fais ce que tu veux. Je ne demande pas un miracle. Je demande juste que ta volonté soit faite. C’est toujours dans cet esprit qu’il faut demander des grâces à Dieu, y compris des grâces de guérison miraculeuse pour ses proches et pour soi-même.

    Il faut cependant ne pas hésiter à les demander et les demander toujours avec une grande foi. Aux Sanctuaires de Beauraing, on accueille des milliers de personnes qui viennent demander des grâces à Dieu, par l’intercession de Marie. On a toujours raison de demander des grâces à Dieu, ou de passer par Marie pour les lui demander. Si on le fait dans l’esprit de Jésus, qui a dit à son Père : si c’est possible, délivre-moi, mais j’accepte ta volonté, même la croix.

    La Cananéenne, dans l’Évangile, insiste vraiment. Elle ne laisse pas Jésus tranquille. Elle n’a pas dit : bien, puisque tu dis cela, je m’en vais. C’est vrai, tu es venu pour les enfants d’Israël … donc je m’en vais : je respecte ta mission. On aurait dit : quel beau sentiment de sa part ! Elle respecte la mission de Jésus. Mais non ! Elle a cette démarche très audacieuse de répondre à Jésus et de puiser dans les dernières réserves de sa foi pour lui renvoyer un argument qui fait mouche. Avec Dieu, il faut oser. On se dit parfois : mais Dieu est Dieu : s’il dit quelque chose, le mieux est de se taire … Il a créé l’univers, mes petits arguments sont nuls à côté de sa sagesse. Il parle, j’écoute et je me tais. Point final. S’il a dit quelque chose, c’est qu’il a pensé à tout avant de le dire. Eh bien, la Cananéenne ne fait apparemment pas ce raisonnement. Elle rétorque intelligemment à Jésus, qui finit par l’exaucer.

    C’est un enseignement très précieux pour nous, pour notre vie de prière. Nous devons nous aussi insister dans notre prière, nous battre presque avec Dieu, sans toutefois le combattre bien sûr, mais lui répondre en avançant de nouveaux arguments. C’est cela aussi, prier Dieu. Dieu n’est pas contre le fait qu’on lui réponde. Il accepte qu’on avance de nouveaux arguments même s’ils semblent contredire ce qu’il a dit. Ces nouveaux arguments, bien sûr, doivent être intelligents et profonds. Ils seront reçus et respectueux de Dieu s’ils viennent des réserves profondes de notre foi. Comme ce fut le cas pour la Cananéenne, qui a finalement été exaucée.

    Il ne faut pas croire que Jésus ne voulait pas avoir affaire à la Cananéenne. C’est dans le plan de Dieu depuis les origines de sauver l’humanité tout entière. Jésus réalise le plan de Dieu et voulait donc sauver aussi cette Cananéenne, comme il voulait nous sauver nous tous qui sommes ici. Pourquoi donc, alors, lui a-t-il dit qu’il était envoyé aux brebis de la maison d’Israël, et qu’il n’est pas bon de donner le pain des enfants aux petits chiens ?

    Eh bien pour comprendre cela, il faut avoir en tête l’ensemble de l’histoire biblique. Dieu, à l’origine, a créé le monde et l’humanité comme telle, et il a toujours voulu entrer en alliance avec toute l’humanité. Mais pour la sauver, puisqu’elle avait chuté, il a voulu aussi passer par un peuple, qu’il a élu. C’est le mystère de l’élection d’Israël. Ce mystère de l’élection d’Israël est très important. Il est au cœur de toute l’histoire biblique et Jésus s’inscrit parfaitement dans cette histoire. Jésus respecte éminemment l’histoire biblique, évidemment !, et aussi le mystère de l’élection d’Israël. C’est l’histoire de Dieu, que Dieu lui-même a écrite. Il ne va tout de même pas l’effacer, la prendre de haut ! Non, il la respecte jusqu’au bout, et c’est ce qu’il fait dans l’Évangile quand il répond aussi clairement à la Cananéenne. Ce qu’il dit est tout à fait dans la logique de l’histoire biblique. C’est Israël qui est le peuple élu. C’est par Israël que Dieu a choisi de passer pour sauver l’humanité. Et c’est à Israël que Jésus a été envoyé. Cela est la plus stricte vérité. C’est ce que la Bible dit. C’est aussi ce que dit Jésus à la Cananéenne. Il va même jusqu’à le dire avec des mots qui pourraient paraître insultants. On peut penser qu’il a utilisé l’expression ‘petits chiens’ un peu par provocation. Il a peut-être voulu tendre une perche à la Cananéenne, sachant qu’elle avait encore des ressources en elle, et la pousser dans ses derniers retranchements pour voir jusqu’où elle pourrait aller. Le résultat est impressionnant : l’argumentation qu’elle donne ensuite témoigna d’une foi très grande. Et la guérison de la fille de la Cananéenne signifie aussi que dans le plan de Dieu, Israël est le peuple élu mais le salut est pour tout le monde, comme le souligne la deuxième lecture de ce dimanche : Dieu veut faire à tous les hommes miséricorde.

    En tout cas, la Cananéenne nous donne une sacrée leçon. Elle nous apprend qu’il ne faut pas hésiter à insister quand on demande quelque chose à Dieu. Il ne faut pas hésiter à demander, à insister, à argumenter et à contre-argumenter : Dieu nous travaille alors pour nous faire aller plus loin dans notre foi et il écoute nos prières, qu’il exauce selon ses plans, qui sont des plans d’amour pour tous.