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12ème dimanche ordinaire

25 Juin

    12ème dimanche ordinaire

    Chers frères et sœurs,

    Dernièrement, je discutais avec des personnes bien au fait de ce qui se passe dans les écoles aujourd’hui. L’une d’entre elles demandait si dans les collèges, il y avait encore un terreau pour les vocations religieuses. Le père jésuite auquel la question était posée a répondu que maintenant, quand on demande dans une classe qui est chrétien, un ou deux élèves seulement lèvent le doigt. Lors d’une autre conversation récente, une personne m’a dit que les jeunes qui ont fait leur confirmation n’ont pas toujours facile à en parler dans leur classe : on leur pose des questions, ils doivent répondre, s’expliquer parfois.

    Un tel contexte, qui est celui de nos jeunes aujourd’hui, est un contexte où l’Évangile de ce dimanche peut être vécu. Car ces jeunes sont appelés à se prononcer pour le Christ au milieu d’autres jeunes qui se prononcent souvent contre le Christ, qui disent qu’ils ne croient pas en lui, qui avancent des arguments pour défendre leur non-foi. Les jeunes chrétiens qui se disent chrétiens devant leurs condisciples se prononcent souvent pour le Christ au risque d’être en difficulté. Le Christ se prononcera pour eux devant son Père qui est aux cieux : il le promet dans l’Évangile de ce dimanche.

    Nous connaissons tous de telles situations, que ce soit dans le milieu professionnel ou dans le milieu familial. Nous sommes régulièrement appelés, et ce sera de plus en plus le cas, à nous déclarer chrétiens dans des situations où cela peut nous mettre en difficulté. Dans ces situations, nous sommes parfois tentés de cacher notre identité chrétienne, de faire comme si nous n’étions pas chrétiens. Mais nous devons oser témoigner de notre foi en Jésus Christ, oser lui rendre témoignage, être sincères et dire clairement – si cela se présente – que nous sommes chrétiens, ne pas le cacher. Alors, Jésus se prononcera pour nous devant son Père. C’est souvent une fausse charité que de cacher son identité chrétienne. La vraie charité envers Dieu, et envers ceux avec lesquels on travaille, avec lesquels on vit ou que l’on croise, c’est plutôt de révéler son identité chrétienne, de dire qu’on est pour Jésus. Cela porte des fruits qu’on ne soupçonne pas mais qui sont réels.

    Mon père a plus d’une fois été identifié comme chrétien dans son travail. Et cela l’a amené à être pour certaines personnes un interlocuteur privilégié quand elles rencontraient des difficultés dans la vie, notamment lors de décès. Comme prêtre, on porte un signe distinctif, que ce soit – chez les jeunes prêtres – le col romain ou – chez les prêtres plus anciens – une croix sur le veston. Cela suscite parfois la critique : on est pris à parti, interpellé, mis au défi de répondre à certaines questions … autant d’occasions de se déclarer pour Jésus et de vivre l’Évangile de ce dimanche. Mais cela nous permet aussi d’être identifiés facilement et provoque régulièrement des discussions intéressantes. Encore dernièrement, dans le train, j’étais en face d’une jeune avocate. Je ne disais absolument rien, mais elle voyait mon col romain. Elle me regardait et m’a adressé la parole. Nous avons discuté et nous nous sommes rendu compte que nous venions du même village. Nous ne nous connaissions pas. Et la discussion a porté sur des questions religieuses fort intéressantes. Être identifiés comme chrétiens dans le monde d’aujourd’hui occasionne régulièrement des difficultés. Ces difficultés sont des occasions qui nous sont données pour témoigner de notre foi en Jésus, comme il nous le demande dans l’Évangile de ce dimanche. Et bien souvent d’autres personnes, souvent plus discrètes, auxquelles nous ne pensons pas forcément, que nous ne connaissons peut-être même pas, sont touchées positivement par notre attitude.

    Un autre exemple, impressionnant celui-là, nous a été donné par l’actualité récente. Une trentaine de chrétiens ont été tués en Égypte par des djihadistes parce qu’ils ont refusé de renier leur foi chrétienne et de dire qu’ils étaient musulmans. Tous ont dit non, même les enfants ! Et tous ont été tués sur place. Cela, c’est du témoignage ! On pourrait penser qu’il est plus « intelligent », dans ces cas-là, de nier qu’on est chrétien pour sauver sa vie, car de toute façon, on est mis dans une situation où on n’a plus la pleine liberté de parole, de pensée etc. On imagine ce genre de raisonnement dans la tête de l’homme qui s’estime moderne et intelligent. Mais les chrétiens qui sont morts en Égypte n’ont pas cédé à ce genre de raisonnement car pour eux, leur foi était essentielle. Ce n’était pas un hobby, quelque chose que l’on peut ranger pour sauvegarder des valeurs estimées plus importantes comme la vie par exemple. Non, leur foi était l’essentiel de leur vie, quelque chose que l’on ne sacrifie en aucun cas, quitte à être tué sur place, à la seconde même, et en présence de sa famille qui est tuée elle aussi, de ses enfants qui sont tués eux aussi. Car le plus important, c’est la foi !

    Un tel témoignage est une illustration parfaite de l’Évangile de ce dimanche. Il nous dit que l’essentiel, l’âme de notre vie chrétienne, c’est notre foi. Le corps n’est rien. La vie corporelle n’est rien à côté de la vie spirituelle, de l’âme de notre vie qui est notre foi. C’est notre foi qui nous sauvera. C’est elle qui nous permettra d’entrer dans la vie éternelle. Et c’est d’elle que nous devons témoigner, coûte que coûte. Il n’y a rien de plus sage, de plus intelligent que de témoigner de sa foi en Jésus Christ quitte à sacrifier sa vie.

    Cela ne se fera jamais en haïssant les autres – contrairement à ce que font les terroristes religieux notamment – car Jésus a donné sa vie pour tous et nous demande d’aimer ceux qui nous haïssent. Il a donné sa vie par amour pour sauver toute l’humanité, chacune des personnes que nous rencontrons, et même les bourreaux qui tuent les chrétiens. Le témoignage de la foi, si nécessaire jusqu’au sang, sera toujours un acte d’amour qui nous configurera au Christ qui, lui en premier, a témoigné de sa relation à son Père en donnant sa vie par amour pour tous, même pour ses bourreaux. Sa relation à son Père était son âme, l’âme de sa vie, et il ne l’a pas reniée. À notre tour, témoignons de notre relation à Dieu coûte que coûte, même si cela nous met en difficulté.

    Jésus se prononcera alors pour nous devant son Père qui est aux cieux. Et loin de toute condamnation, nous hériterons de la vie éternelle.