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11ème dimanche

17 Juin

    11ème dimanche

    Chers frères et sœurs,

    Les paraboles que Jésus utilise pour parler du Royaume de Dieu dans l’Évangile de ce dimanche me font penser à l’éducation des enfants. Comme parent, on jette beaucoup de grain dans le champ que sont nos enfants. On les éduque humainement, en leur apprenant mille et une choses. On les éduque aussi chrétiennement, en tâchant de leur faire goûter la bonté de l’Évangile, son importance, et en leur enseignant la foi. Tous ces grains que l’on jette dans l’âme de nos enfants, on ne voit pas toujours qu’ils portent du fruit. Mais parfois, on voit certains fruits. Et alors, on peut dire que la parabole se réalise : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ».

    On ne sait pas toujours comment, en effet, la parole que l’on donne aux enfants porte du fruit. Chez l’un, rien ne semble venir, rien ne semble grandir dans sa vie de foi. Chez l’autre, sans que l’on sache comment ni pourquoi, quelque chose germe, et du fruit apparaît.

    Aujourd’hui, les graines religieuses semées dans les âmes des enfants de nos pays ne semblent souvent plus porter de fruit. Des statistiques viennent d’être publiées sur la foi catholique dans le monde et en Europe de l’Ouest et les chiffres sont impressionnants. Par exemple, on apprend que d’après une étude récente, 45 % de la population belge se disait clairement et franchement appartenir à la religion chrétienne en 2002 et 34 % en 2014. Les cause de cette baisse sont variées mais dans l’ensemble, en Europe de l’Ouest, ceux qui ont été élevés dans la religion, qui a été pour la plupart chrétienne, et qui l’ont quittée disent ceci. 68 % disent qu’ils se sont peu à peu éloignés de la religion, 58 % disent qu’ils sont en désaccord avec les prises de position de la religion sur certaines questions, 54 % disent qu’ils ont cessé de croire dans les enseignements prêchés par la religion, 53 % disent qu’ils ont été bouleversés ou contrariés par les scandales impliquant les institutions, 26 % disent que leurs besoins spirituels n’ont pas été satisfaits, 21 % disent qu’ils ont été déçus par la religion alors qu’ils étaient dans le besoin et 8 % disent qu’ils ont épousé quelqu’un qui n’est pas de la même religion.

    Même si la situation semble très difficile aujourd’hui, continuons à croire que certains grains d’Évangile jetés dans la vie des jeunes portent du fruit, on ne sait comment, et qu’ils en porteront un jour davantage. Souvent, l’on observe qu’après une période d’absence, certains, quand ils ont eux-mêmes des enfants, reviennent à l’Église pour un baptême, un mariage … la catéchèse de leurs enfants. Et alors, on voit bien qu’ils ont reçu des grains dans leur enfance, leur jeunesse. Ces grains de vie chrétienne que l’on a jetés en eux sont toujours là et peuvent germer. Bien sûr, ils ne sont pas prêts à venir à la messe chaque dimanche. Mais ces jeunes adultes-là ne sont pas étrangers à la foi chrétienne, loin de là. Ils font partie de la grande famille des enfants de Dieu, de l’Église.

    Une fausse image de l’Église serait celle que l’on se fait en ne voyant que la participation aux messes du dimanche. Dans l’Église, il faut aussi placer tous ceux qui, bien que ne venant pas à la messe le dimanche, demandent les sacrements. Et ils sont encore nombreux tout de même, grâce à tous ces grains que nous avons jetés dans leur vie quand ils étaient enfants.

    En outre, de nouveaux chemins nous sont proposés aujourd’hui pour rejoindre ceux qui ne fréquent pas ou qui fréquentent peu nos communautés, nos célébrations. Le pape François insiste sur l’importance de la mission. De nouveaux chemins nous sont proposés pour faire une pastorale plus missionnaire aujourd’hui, une pastorale qui ne se contente pas de faire comme on a toujours fait mais qui explore de nouveaux chemins. Les parcours alpha sont un exemple d’une telle pastorale. Nous l’avons expérimenté. Il y a bien d’autres initiatives qui portent des fruits. En octobre, nous organisons aux Sanctuaires de Beauraing un 2ème colloque sur l’évangélisation dans nos régions, qui a pour thème « Là où nous sommes, tous disciples en mission pour une Église qui porte plus de fruits ». Comme communauté chrétienne, comme paroisse, nous sommes invités à aller annoncer la bonne nouvelle aux gens de notre village qui ne la connaissent pas ou l’ont oubliée. C’est là notre vocation, ce que Dieu veut : aller vers les gens pour témoigner de notre foi, quelle que soit notre place dans l’Église. N’hésitons pas à le faire. Ce qui compte, ce n’est pas ce que les gens penseront de nous, mais ce que Dieu veut. C’est cela, ce que Dieu pense, qui compte pour la vie éternelle.

    Nous sommes appelés à être missionnaires, à semer. Cela n’est pas réservé au curé, mais c’est la vocation de toute la paroisse, de tous les paroissiens. Le curé d’ailleurs, bien souvent, est moins bien placé que les paroissiens pour parler à certaines personnes. Il est moins proche d’elles, il est peut-être vu comme l’officiel. Les paroissiens au contraire sont vus avec moins d’a priori. La vocation de notre paroisse est de sortir pour aller vers les gens de notre village et leur proposer la foi. Chacun le fera selon son tempérament et son appel.

    Et même si nous ne voyons pas directement les graines que nous semons porter du fruit, croyons que certaines d’entre elles en porteront, bientôt ou plus tard.

    Ressourçons-nous chaque dimanche durant l’eucharistie. Goûtons combien Jésus nous aime, et nous voudrons le faire connaître toujours plus aux autres.